MONTRER LA COLONNE

« J’ai commencé ma carrière professionnelle en tant qu’acheteuse chez Inditex, dans le secteur de la fast fashion, et aujourd’hui, je suis vraiment reconnaissante de cette expérience. En effet, ce fût une arrivée brutale dans l’âge adulte, une compréhension rapide de l’industrie de la mode, mais surtout, une révélation sur ce dont nous, les humains, sommes capables.

 

Il ne fait aucun doute que le business model de la fast fashion, monopolisé par quelques acteurs, est à la fois intelligent et rentable. En essayant de comprendre le fonctionnement de cette industrie, j’ai été amenée à me poser certaines questions essentielles : quoi, qui et quand ? Se trouvait alors devant moi la pierre philosophale de l’argent : le contrôle des comportements de consommation, camouflé par une mission de « démocratisation » (j’utilise des guillemets car même la notion de démocratie reste très vague de nos jours). Où bien, camouflé sous la mission de diffusion d’une « mode de qualité au meilleur prix », comme H&M l’affirme (oui, j’ai également travaillé comme acheteuse chez eux). Les acteurs de l’industrie de la fast fashion ont créé un système dans lequel la vitesse de production, de distribution, et de consommation, sont les principaux objectifs.

 

Réfléchissez une seconde : depuis quand est-il normal de changer la moitié de notre garde-robe tous les six à douze mois ? Nos grand-mères achetaient-elles vingt nouveaux vêtements chaque saison ou bien choisissaient-elles de les coudre elles-même ? Avant, les gens préféraient-ils jeter leurs vêtements abîmés ou prenaient-ils le temps de les réparer ?

 

Le pouvoir des géants de la fast fashion réside dans ce qu’ils cachent derrière leurs beaux vêtements et que l’on ne peut pas voir. Ils font croire aux consommateurs qu’il est possible d’acheter, d’utiliser et d’éliminer des vêtements sans compter, et sans conséquence pour l’environnement, mais aussi que consommer est une évidence quand on en a les moyens. Mais la réalité est que pour faire fonctionner ce système, des êtres-humains travaillent dans des conditions déplorables, que des émissions de CO2 ainsi que des pesticides intoxiquent de plus en plus la Terre et l’air, que des forêts sont défrichées dans le seul but de produire du tissu en masse, que des tonnes de déchets sont jetées, que des millions de litres de teinture contaminent l’eau dans laquelle nous nageons, cultivons et buvons. Et le pire, c’est que chaque jour, des millions de vêtements sont achetés puis gaspillés …

 

Mais la demande des consommateurs est toujours existante, les lois des pays de production sont trop permissives, et le faux besoin d’acheter constamment de nouveaux vêtements est aujourd’hui devenu une norme. Alors, les acteurs de la fast fashion peuvent faire perdurer leur système. »

 

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