MONTRER LA COLONNE

Mais alors, en quoi un atelier de production textile dans ces pays émergents peut-il désormais intégrer des normes sociales du commerce équitable ? Et surtout, qui se cachent derrière la fabrication des vêtements éco-responsables que l’on achète ? Car c’est vrai qu’au vu des mauvaises pratiques de beaucoup d’enseignes de l’industrie textile, on peut rapidement se méfier lorsque l’on tombe sur une étiquette « Made in Bengladesh » par exemple… Et à raison !  Néanmoins, un changement positif voit le jour et des labels ou organismes internationaux comme Fairtrade ou Fairwear foundation veille désormais à la transition au respect des droits sociaux des travailleurs et travailleuses sur la chaîne de production textile.

Découvrez ce qu’il en est dans la réalité, grâce au témoignage de ces deux femmes !

 

Qui sont-elles ?

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Rozina Khatun - Banglades

Rozina Khatun a 33 ans et travaille dans un atelier textile du Bangladesh pour la marque Aranya, spécialisée dans la production de vêtements écologiques et traditionnels bengalis. Elle a grandi dans un petit village au sud de son pays mais vit désormais dans la capitale à Dacca avec sa famille, où les opportunités d’emplois et le salaire sont plus élevés. Avec son métier actuel, elle dit avoir trouvé le bon équilibre entre travail et vie de famille, car ses horaires de travail restent raisonnables et son salaire lui permet vivre convenablement. Durant son temps libre, elle aime coudre, écouter des chants traditionnels bengalis ou cuisiner des fuchka, son plat préféré ! Les valeurs de Rozina sont très humanistes : elle se dit essayer d'être une personne optimiste chaque jour et toujours prête à aider les autres. Son objectif dans la vie ? « Vivre de façon honnête et venir en aide à autrui. ».

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Krishna Naskar - Inde 

De son côté Krishna Naskar est une indienne de 45 ans, qui vit à Madanpur, non loin de Calcutta. Elle se décrit comme une femme simple, venant d’un petit village, et ayant à cœur de s’occuper de sa famille. Son travail au sein de l’atelier EMA, qui conçoit les sacs et accessoires éco-responsables de la marque néerlandaise O My Bag est très important pour elle. C’est d’ailleurs grâce à cet emploi que Krishna peut vivre correctement aujourd’hui et subvenir aux besoins de toute sa famille, composée de 3 personnes.

« Je suis très croyante alors durant mon temps libre, j’aime méditer devant Dieu, c’est la première chose que je fais dès le matin en me levant. Sinon, l’une de mes activités favorites est d’écouter de la musique ! J’aime également cuisiner des repas gourmands pour les gens que j’aime, surtout le Veg Thali, un plat à base de riz, légumineuses et de purée de pomme de terre », nous confie Krishna.

 

Une journée typique dans la confection de vêtements de mode éthique

Après 6 ans dans l’entreprise au Bangladesh, Rozina est montée en grade et est désormais chargée du contrôle qualité des produits matelassés, dont elle en créée des échantillons. Elle gère également la liste des stocks. Chaque jour, Rozina met entre 1h et 1h30 pour arriver au travail, car Dacca est une très grande ville, comme elle le dit ! En arrivant à l’atelier, elle passe en revue son travail de la veille et établie ensuite la liste des tâches à effectuer pour la journée. Elle vérifie chaque produit cousu par les artisan.e.s et fait le lien avec les managers et les designers si elle trouve un problème. Tous les midis, elle a l’habitude de manger avec ses collègues, dans leur salle de pause commune, où tout le monde peut se relaxer et discuter.

En Inde, Krishna s’occupe du travail du cuir, car la marque O My Bag pour laquelle son atelier de confection travaille est spécialisée dans le cuir durable et éco-responsable. Il y a quelques temps, nous avons d’ailleurs pu interroger Paulien Wesselink, créatrice d’O My Bag !

 

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Krishna travaille dans cette manufacture depuis 2009 et souhaite faire ce job jusqu’à sa retraite car elle apprécie beaucoup sa routine et son rapport à la matière textile. Elle nous raconte : « Il me faut environ 30 minutes pour rejoindre l’atelier, et j’y vais chaque jour à vélo ! Après avoir rejoint mon lieu de travail, je nettoie ma table et arrange mon espace de travail (je remets en ordre les pinceaux par exemple), pour pouvoir être mieux organisé dans la journée. On commence à travailler vers 10h45. Mon travail est principalement artisanal, et tout ce que je réalise se fait à la main, avec des matériaux durables et éco-responsables. Vers 13h30, on déjeune tous ensemble dans notre cantine, puis on prend une petite pause de 15 minutes avant de reprendre le travail. Tea break vers 16h et on finit en général vers 18h. Je n’ai pas à me plaindre de mon temps de travail, tout est fait de façon à ce qu’on se sente bien ici ! »

 

Travailler dans une usine responsable intégrant des valeurs du commerce équitable

Dacca, la ville où travaille Rozina, est le lieu du tragique accident de l’usine Rana Plaza, qui exploitait des centaines de travailleurs.euses dans des ateliers de confection textile indignes des droits Humains. A ce propos, Rozina nous confie qu’il y a une réelle volonté de réorganisation et changement au sein des usines, mais 7 ans après, le processus est encore trop lent. « Il serait plus utile si tous les acteurs textiles travaillaient ensemble, main dans la main. C’est comme ça que les salarié.e.s pourront se sentir aidé.e.s et qu’on pourra voir un réel changement ! Actuellement, tous ne bénéficient pas d’une aide réellement adaptée à leurs besoins », explique-t-elle. Elle nous précise tout de même que de plus en plus de syndicats voient le jour au Bangladesh et que tout le monde est en droit d’y adhérer. La marque pour laquelle elle travaille, Aranya fait d’ailleurs partie de Fashion Revolution, mouvement qu’elle soutient et qu’elle trouve très utile pour garantir les droits sociaux.

D’ailleurs, pour en savoir plus sur ce mouvement militant pour la mode éthique et pour plus de transparence dans l’industrie textile, on vous conseille de lire notre interview avec Fashion Revolution France.

Globalement, Rozina, comme Krishna se sentent très bien sur le lieu de travail. Elles s’estiment même chanceuses de pouvoir travailler dans des usines aux valeurs éthiques et équitables, qui prennent en compte leurs besoins et tentent d’offrir un environnement sain et sécuritaire pour les salarié.e.s. Pour Rozina, c’est même un job de rêve pour elle, car elle s’est découverte une vraie passion pour les textiles et les tissus !

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En Inde, Krishna nous indique « Je me sens extrêmement bien dans cette entreprise, très accueillante, et où tous mes collègues sont coopératifs et n’hésitent pas à s’entraider. Chez EMA, chaque individu est traité avec respect et tout le monde a la liberté de prendre la parole et s’exprimer en cas de problème ou mécontentement. » L’atelier EMA (Equitable Marketing Association) pour laquelle elle travaille est d’ailleurs certifié par l’Organisation mondiale du commerce équitable WTFO. EMA emploie des personnes défavorisées, des communautés minoritaires ou des personnes étant en marge du marché de l’emploi et leur offre un travail stable avec des avantages sociaux comme la possibilité d’avoir une assurance santé par exemple. Il y a même un petit jardin au sein de l’entreprise, où ils cultivent leurs propres fruits et légumes !

 

Leur vision de la mode éthique et responsable

Krishna, salariée de l’usine textile en Inde nous indique : « Les marques qui s’engagent socialement et pour la planète offrent toujours un meilleur environnement et de bonnes conditions de travail. J’encourage les entreprises à s’engager pour une production plus éthique dans la mode, afin que tout.e.s les employé.e.s et le personnel soient traité.e.s dans le respect, ce qui réduira l’exploitation humaine et le mécontentement dans les usines ! De même que pour les consommateurs.rices : il est préférable de se tourner vers ces marques engagées car je pense que chaque produit responsable a sa propre histoire personnelle à raconter. »

Au Bangladesh, Rozina elle aussi se sent proche de la mode éthique grâce à la marque Aranya, produisant uniquement des tissus écologiques. « En travaillant dans le domaine textile, j’ai compris qu’il était important qu’une marque de mode s’engage à la fois socialement et environnementalement, pour créer des produits de qualité et durable. Toutes devraient suivre des méthodes de productions éthiques, pour que nous, travailleurs et travailleuses textiles, puissions nous aussi nous engager, nous entraider, et surtout nous sentir utile, en faisant de bonnes actions ».

 

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Être une femme au Bangladesh et en Inde  

« Mon entreprise est très solidaire concernant les droits des femmes, ils essaient au maximum de répondre à nos besoins et demandes. Avec l’évolution de la société pour la prise en compte de nos droits, nos conditions s’améliorent de jour en jour », indique Rozina.  En effet, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les femmes du Bangladesh ont réalisé des avancées majeures au cours des dernières années, plaçant le pays en première ligne des pays les moins développés en matière d’égalité entre les sexes. Même si des progrès restent à faire, le Bangladesh se situe tout de même au 8e rang des pays où l’écart entre hommes et femmes est le plus faible en termes d’autonomie politique. Pendant de nombreuses années, Sheikh Hasina Wajed a d’ailleurs dirigé le pays en tant que première ministre.

Krishna se sent également plutôt privilégiée dans son pays, en Inde, où les mouvements féministes existent mais où les droits des femmes sont encore très loin d’être égalitaires par rapport à ceux des hommes. Dans certaines régions, les vieilles traditions patriarcales sont encore ce qui priment et les femmes font face à de nombreuses discriminations. L’entreprise EMA qui emploie Krishna combat au contraire ce fléau, en donnant du pouvoir à ces femmes et en leur offrant des droits sociaux comme le congé maternité par exemple. Krishna n’a jamais vraiment rencontré de problèmes de ce côté, même si elle avoue que beaucoup de ses amies font face à de nombreux obstacles pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions en Inde. Le plus difficile pour elle reste de gérer ses tâches quotidiennes à la maison en plus de son travail, mais elle s’estime chanceuse de travailler pour une entreprise qui respecte ses droits en tant que femme !

 

Alors même si encore trop d’enseignes – notamment de fast-fashion – continuent de profiter d’une main d’œuvre à bas coût dans ces pays émergents et sont très loin de cocher toutes les cases niveau commerce équitable et écologie, un changement positif voit le jour désormais dans l’industrie textile. 

Grâce à des marques impliquées socialement et des initiatives positives comme Klow, qui met en lumière les marques de mode éthique basées sur des labels de commerce équitable, mais aussi grâce à des consommateur.rice.s engagé.e.s comme vous, de plus en plus de travailleurs et travailleuses peuvent enfin profiter de bonnes conditions de travail et salaire décent, et ainsi prétendre à une vie juste et honnête.

Merci à vous de soutenir le changement et de croire comme Rozina, Krishna et nous, que tous les hommes et femmes sont égaux en droit ! Pour retrouver notre sélection de marques de mode éthique engagées, c’est par ici.

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