MONTRER LA COLONNE

Quelles sont les problématiques liées aux conditions de travail dans l'industrie textile ?

 

Ces dernières années, l’industrie de la mode conventionnelle a créé une forte demande et une surconsommation de vêtements dans les pays occidentaux. L’industrie textile a ainsi augmenté ses vitesses de production afin de proposer toujours plus de collections, parfois jusqu’à une par semaine, quitte à jeter lorsqu’elles ne sont pas écoulées.

Afin de répondre à cette forte demande, réduire drastiquement les coûts de production et conserver dans un même temps des marges lucratives, une grande majorité d’enseignes de « Fast-fashion » ont délocalisé leurs productions dans les pays les moins développés, dits « à bas coût ».

Une production exponentielle et une réduction des coûts de production, voilà le business model des marques de fast-fashion non éthiques.

 

Who Made My Clothes - Klow

 

Malheureusement le constat est toujours le même. D’un point de vue social, nous assistons au développement d’un réel esclavage moderne.

Bien souvent originaires de pays pauvres et peu réglementés, les ouvriers de l’industrie textile ne touchent même pas un salaire suffisant qui leur assurerait un mode de vie décent. Ces salaires sont parfois même inférieurs au minimum légal du pays, comme en Inde ou aux Philippines où 50% des travailleurs ne reçoivent pas ce minimum légal.

Au Vietnam, au Bangladesh, en Indonésie, Cambodge ou en Éthiopie, où la population est extrêmement dépendante de l’industrie textile, les travailleurs gagnent moins de la moitié d’un salaire considéré comme décent pour vivre (se nourrir, se loger, avoir accès à l’éducation et aux transports). Les ouvriers sont obligés de s’infliger des heures supplémentaires à rallonge ; jusqu’à 150h par mois pour les Chinois, afin d’avoir un salaire qui leur permette de vivre correctement.

A cela s’ajoute le travail des enfants. On estime que dans le monde, un enfant sur 10 travaille aujourd’hui pour l’industrie de la mode.

 

Travail forcé, travail d’enfants, conditions sanitaires déplorables, syndicats interdits, le respect des droits de l’homme et du travail n’est clairement pas au rendez-vous. Ce manque de législation expose des millions de travailleurs à des conditions de travail dangereuses, voire mortelles.

 L’industrie très opaque et le manque de transparence permettent aux marques non éthiques de se dédouaner à travers des contrats de sous-traitance et leur permettent de ne pas assumer leur devoir de respect des ouvriers.

 

Des marques éco responsables pour un changement durable et une mode plus éthique ?

 

Malgré ce constat encore alarmant, un changement opère petit à petit dans nos habitudes de consommation. En France par exemple, la consommation en textile a diminué de 2,9 % en 2018 par rapport à l’année précédente et plus de 71% des Français souhaitent être mieux informés des conditions de production des articles qu’ils achètent, en particulier en matière de mode.

 

Nous devenons de plus en plus conscients dans notre manière de choisir nos vêtements : origine, matières, seconde main, conditions de fabrication et labels sont devenus des critères de choix, pour nous, consommateurs.

 

Ces changements opèrent également dans le milieu de l’industrie elle-même. De plus en plus de marques éco responsables sont apparues en quelques années. Pour se retrouver parmi celles-ci, des labels ont été mis en place afin de rendre plus transparente la production textile.

 

Les labels de commerce équitable sont-ils efficaces pour garantir des conditions de travail saines ?

 

Les labels de commerce équitable viennent attester que les ouvriers ont le droit à un salaire réglementaire, que leur santé et leurs droits en tant qu’être-humains sont préservés. Ils garantissent également qu’il n’y ait aucun travail forcé ou de travail d’enfants. Ces labels viennent auditer les usines et pointer du doigt les bonnes et les mauvaises pratiques.

Les labels les plus connus sont Fair Wear Foundation (dont les rapports sont publics et en ligne) et Fairtrade International. 

Si une marque n’est pas labellisée, il faut regarder le pays d’origine, et regarder les législations en vigueur dans le pays, ou tout simplement favoriser une consommation plus locale, made in France ou made in Europe.

Attention toutefois aux idées reçues, le Made-in-Chine ne signifie pas forcément que votre vêtement a été produit dans des conditions déplorables. L'industrie textile mondiale est une source importante d'emplois, de revenus et de croissance pour les pays producteurs, en particulier en Asie.

Certaines marques éthiques et éco responsables comme Thinking Mu ou O My Bag produisent également dans ces pays, car la main d’œuvre y est très qualifiée. Mais ceux-ci produisent à des salaires justes, dans des conditions de travail décentes et non dangereuses pour leurs employés.

 

7 ans après Rana Plaza, malgré un bilan en demi-teinte, nous voyons apparaître une nouvelle révolution dans le monde de la mode dont nous sommes tous les acteurs.

 

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